Ayant grandi avec Pink Floyd, j'ai toujours présent en tête ce mur de briques blanches derrière lequel se retranchent les souvenirs auxquels on ne veut pas penser... Il y a peu, j'ai attaqué
ce mur à la masse et j'essaye de vivre avec ce qui sort de la brèche...
Assise au pied du platane, elle observe la cour. Au travers des mèches de cheveux blonds mi-long dont elle cache son visage, elle voit les autres bouger, parler, crier, courir comme dans un rêve, sans rien entendre de ce qu'ils disent. Tous les bruits sont couverts par le son de la musique qui sort des écouteurs de son MP3, un morceau d'Evanescence.
Elle répéte les paroles dans sa tête, du moins celles qu'elle comprend. Elle regarde les autres, spectatrice de ce jeu étrange que sont les relations humaine, jeu auquel elle ne prend pas part, n'en comprenant pas les règles.
Elle ouvre les yeux, se sentant loin de tout, loin des garçons qui jouent au volley sur le terrain, loin des filles qui parlent sur le banc, loin du petit groupe mixte qui copie dans leur cahier les devoirs qu'ils n'ont pas voulu faire la veille, loin des quelques adolescents qui se cachent pour fumer.
Dans sa tête, elle n'est pas là, elle est transparente, dans sa bulle rien que pour elle, où personne ne peut entrer ou la voir.
Elle n'appartiens pas à ce monde, leur monde, le monde des autres, ils le lui ont bien fait comprendre. Elle a essayé pourtant, souvent, mais elle en a assez d'essayer. Chaque tentative apporte plus de moquerie ou d'indifférence, alors à quoi bon? Elle n'est pas comme eux et n'a pas vraiment envie de l'être, même si elle voudrait bien qu'on l'aime.
Les yeux dans le vague, elle rêve d'un monde où les gens voudraient bien d'elle. Un monde où elle ne saurait pas ce que c'est qu'être seule.
Quelques mètres plus loin, une fille entourée par ses copines la regarde, dit quelque chose et toutes s'esclaffent. Sous son arbre, la petite blonde baisse les yeux et monte le son de sa musique. Elle ne veut pas savoir ce que l'autre a dit, surtout pas si c'est sur elle, mais elle n'aura pas le choix. Quand la cloche sonnera, elle devra éteindre son lecteur et aller se ranger avec les gens, et si la fille vient lui répéter ses "blagues" qui font si mal quand on vous les dit, elle sera bien obligée de les entendre. Elle n'est pas sûre d'être visée, mais elle préfère se préparer, si elle s'y attend, peut être qu'elle osera répondre pour une fois, peut être que ce coup-ci, elle arrivera à être forte...
Elle doute être forte. Quoi qu'elle pense, elle n'arrivera pas à le dire. Le jour où elle a essayé, ça n'a fait qu'alimenter les moqueries. Se défendre ne sert à rien, tout ce qu'elle a à faire, c'est entendre et tenter de ne pas pleurer.
Mais pas maintenant. Maintenant, elle n'est pas là, elle n'est pas dans cette cours, sous cet arbre. Elle ferme les yeux, pour oublier ce qu'il y a autours d'elle, pour oublier qu'elle existe, et elle retiens ses larmes.
Silencieusement, elle articule : "Wonder what's wrong with me"